Ouaga.info santé : Les maltraitances psychologiques de l’enfant PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Par Olivier BONY, Psychologue   
Lundi, 08 Février 2010 10:29

‘’Parents, cessez ces comportements vis-à-vis de vos enfants’’

 

Les enfants sont souvent victimes de maltraitances psychologiques qui nuisent gravement à leur épanouissement. Comparées aux brutalités physiques et autres sévices sexuelles, ces sévices psychologiques  ne sont ni dénoncées, ni reconnues.

Pire, elles sont parfois considérées  comme une forme d’éducation. Pourtant, même si elle n’est pas palpable, la maltraitance psychologique, tout comme les autres formes de violences physiques, est un acte préjudiciable  qui peut avoir des conséquences pernicieuses dans la vie de l’enfant.


 Malgré ces séquelles psychologiques, cette forme  de maltraitance  continue de sévir  et est impunément pratiquée dans nos sociétés. Mais qu’est-ce qui peut bien expliquer  le silence de la société résolument engagée  en faveur de la défense des droits de l’enfant ? Est-ce la méconnaissance  de la maltraitance psychologique des enfants ou l’ignorance des manifestations et séquelles psychologiques de cette brutalité ?

Ce qu’est la maltraitance psychologique


La maltraitance psychologique regroupe toutes les  formes de  violences  psychologiques infligées à l’enfant par ceux qui s’occupent de son éducation  ou qui ont une autorité  sur lui. Ce sont des actes dommageables, de mauvais traitements, des agressions  qui peuvent revêtir diverses formes  sur le plan psychologique.
Au niveau verbal, les sévices psychologiques  sont principalement des actes de dévalorisations. Il s’agit de tout propos  qui dénigre, dégrade et dévalorise l’enfant. En l’insultant, en le ridiculisant ou en le traitant de laid, de stupide, de vaurien, les éducateurs infligent une douleur psychologique à l’enfant sans le savoir. Ces discours  tendent à rabaisser ses capacités, ses compétences et les critiques relatives à son existence, à son aspect physique ou à  son état mental constituent des coups nuisibles à l’intégrité psychologique de l’enfant.


‘’Tu es nul’’, ‘’tu es laid’’, ‘’tu es bon à rien’’  sont des exemples de propos  humiliants  qui lui causent des torts  tout comme les propos menaçants. Les parents qui effrayent leur enfant  à travers les menaces d’abandon, de brutalité ou de meurtre, sème la terreur. Ces parents ne sont pas loin d’être des terroristes psychologiques  qui perturbent la santé mentale de leur progéniture.


Au niveau affectif, l’enfant est également victime de violences psychologiques.  Il subit ainsi de plein fouet toutes les formes de négligence, de privation ou de rejet  affectif. Dans un tel registre, il est ignoré, les éducateurs n’entretiennent  aucune relation avec lui.
Privant ainsi l’enfant d’attention, de considération, de communication, de soins ou d’amour. L’enfant est enfermé dans une prison affective dans la mesure où il est isolé, il n’a pas d’échange verbal ou affectif  avec ses proches. Il est privé de chaleur humaine, de lien avec sa famille, ses amis.  Ces pratiques d’isolement  sont malheureusement  des pratiques ou méthodes  éducatives infligées à l’enfant sous forme de punition. Toute chose qui constitue  des comportements éducatifs inadaptés, voire pernicieux psychologiquement.      
 Au niveau des comportements éducatifs, il faut également déplorer  les nuisances psychologiques  qui sont le fait des agissements  des adultes. Car ceux –ci sont les auteurs de la  souffrance émotionnelle des enfants en :
-    les exposant à des scènes de violences physiques ou verbales comme par exemple  le fait d’agresser physiquement ou verbalement leur mère ;
-    en les encourageant à des actes répréhensibles (toxicomanies, alcoolisme, prostitution…)
-    en les obligeant à accepter des idées ou des pratiques contraires aux bonnes mœurs : la corruption qui dégrade la pudeur de l’enfant.   
Toutes ces formes de maltraitance ne sont pas sans effets. Elles ont des répercussions dans la vie de l’enfant.


En voici les conséquences
 
Les conséquences de la maltraitance psychologique sont d’ordre psychologique, social, moral, somatique et psychosomatique.
Au niveau psychologique, la souffrance psychique endurée durant l’enfance  constitue une blessure non cicatrisée qui engendre des troubles au niveau de l’intelligence, de la mémoire, de l’imagination, de la perception. Ce qui  peut avoir pour corollaire un retard mental, des résultats scolaires médiocres, l’échec scolaire. Ces sévices psychologiques troublent à bien des égards l’identité de l’enfant. L’enfant a une mauvaise  image de lui même, de sa personnalité, de son intelligence à force d’entendre des propos tels que ‘’ tu vaux rien’’, ‘’tu es nul’’… Plus tard le comportement de l’enfant peut présenter des particularités dominées une prise de risque exagérée face aux dangers, de comportements de défense devant tout contact, une hyperactivité motrice, des conduites auto agressives  ou même des tentatives de suicide. Tous ces comportements ne sont que l’aspect visible d’une vie intérieure troublée.
Ces troubles fragilisent l’affectivité qui est dominée par un manque d’émotivité  ou un désintérêt pour la société eu égard aux privations affectives dont il a  été victime. Cette privation peut causer une absence d’affectivité, des troubles émotionnels  avec une passivité émotive. Ce qui rend difficile tout attachement avec l’autre ou toute relation normale. Craintif, l’enfant aura tendance à se replier sur lui-même, à être introverti, peureux eu égard au climat de terreur  dans lequel il a baigné durant son enfance.   
Comme on le voit, la vie intérieure de l’enfant perturbe sa relation sociale surtout lorsqu’il a été victime de l’isolation affective comme forme  d’éducation privilégiée  dans son milieu familial. Du coup, la société ne peut que déplorer la manifestation de comportement anti social  dominé par l’agressivité  et une hostilité à l’égard de l’autre. Car devenu adulte, l’enfant aura tendance à reproduire sur autrui ou dans la société les sévices psychologiques qu’il a subies,  privilégiant l’agressivité comme mode d’échange social, s’identifiant aux parents  qui l’ont ‘’nourri’’ de violence psychologique. Il ne serait donc pas étonnant d’entendre dans la société  des propos irrespectueux, des comportements verbaux violents de la part de ceux qui ont vécu dans un climat psychologiquement violent. Toute chose qui favorise également le non respect des lois et des valeurs morales.
Sur le plan moral, ces enfants ont tendance à sombrer dans des vices (toxicomanie, alcoolisme…) et à commettre des infractions de nature diverses ou des comportements délictueux eu égard à la faiblesse de leur capacité cognitive.  Les bonnes mœurs ayant été corrompues, l’enfant ayant subi l’influence d’un milieu ou d’un évènement familial violent ne peut que développer des comportements non conformes aux valeurs morales. Il  ne peut que reproduire les comportements verbalement agressifs ou soumettre sa progéniture à des sévices. Ainsi de génération en génération les vices se perpétuent et les bonnes mœurs sont mises en veilleuse.  De tels comportements peuvent conduire l’enfant dans des centres d’accueil, de détention ou d’hospitalisation  pour des troubles d’ordre somatique ou psychosomatique.
Les attitudes violentes des parents ont des répercussions  sur le bien être physique et mental de l’enfant. Car elles peuvent induire des souffrances somatiques : céphalées, troubles du sommeil (insomnies) avec ou sans cauchemars …  mais également une symptomatologie psychosomatique : syndrome dépressif,  anxiété, phobie… Les signes extérieurs d’une maltraitance psychologique sont donc visibles avec de graves conséquences physiques et mentales.     


Les modes d’éducation ont souvent une connotation violente  sur le plan psychologique. Les conséquences désastreuses des ces pratiques sont fonction du degré de violence  et des capacités intrinsèques de l’enfant. Elles nuisent gravement au bien être mental, physique,  relationnel et social de l’enfant. Les troubles qu’elles engendrent,  méritent  bien une sensibilisation au près des parents et des éducateurs. Et ce, dans le but de mettre un terme à la maltraitance psychologique, à certains propos et  mode d’éducation (punition) apparemment non agressifs  mais qui sont en réalité des formes de violences infligées à l’enfant sans le vouloir et sans le savoir.
La défense des droits de l’enfant devrait également œuvrer pour le bien être psychologique et mental  de nos progénitures. Pour ce faire,  des actions de sensibilisation et même d’éducation doivent être entreprises pour mettre un terme à cette nouvelle forme de maltraitance.


Olivier BONY
Psychologue

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