Interview Exclusive- Mme Séka-Savadogo Fatouma, Déléguée CSBE PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par Emile Scipion Ilboudo, Abidjan, Ouaga.info   
Mardi, 09 Mars 2010 17:01

‘’Voici pourquoi nous vivons un blocage au CSBE’’

‘’Je suis convaincue que tous les candidats ont voté pour moi’’


Mariée et mère de quatre enfants (2 filles et  de 2 garçons) Madame Séka-Savadogo Fatouma est professeur à l’Université Canadienne à Abidjan et Consultante dans des domaines divers Entrepreneuriat, management, ressources humaines. Femme engagée sur le plan associatif, elle est l’unique femme du mort-né Conseil Supérieur des Burkinabè de l’Extérieur qu’elle passe ici à la trappe. Sans langue de bois.

 

Unique femme dans le Conseil Supérieur des Burkinabè de l’Extérieur (CSBE), comment avez-vous vécu votre élection ?

Arrivée en tête dans une compétition procure toujours de la joie.  C’est donc un sentiment de joie qui provient surtout du message que j’ai perçu de mon élection.  Pour moi, mon élection est l’expression du  degré de considération  accordée à la femme  au sein de la communauté.  Ce changement d’attitude vis-à-vis des femmes est à saluer.  Je suis convaincue que tous les autres candidats ont voté pour moi.  Je considère cet  acte comme un appel aux femmes de la diaspora à s’intéresser beaucoup plus à la vie de la communauté.
 
En décembre 2010, c’est à dire dans 9 petits mois, vous serez à la fin de votre mandat au CSBE. Quel bilan pouvez-vous nous dresser ?

 
Ce n’est pas toujours facile de faire un bilan, surtout dans notre cas où les choses ne se sont pas passées comme nous l’avons souhaité.  Faire un bilan revient à évaluer  notre mandat.  En général, quand  on parle d’évaluation,  cela suppose qu’au départ des objectifs clairs ont été fixés, que des méthodes de travail et des critères d’évaluation ont été bien définis et que des moyens ont été dégagés pour la réalisation du mandat, mais il n’y a rien eu de tout cela. Selon les textes du CSBE,  il appartenait à la communauté de dégager  les moyens nécessaires au financement des activités des délégués sur le terrain, il était aussi question que les délégués CSBE soient des personnes ressources pour nos autorités diplomatiques, mais ça n’a pas été ainsi. Dans la réalité, les moyens n’ont pas été dégagés, il n’y a pas eu de collaboration entre le CSBE et les  autorités.  Dans un contexte pareil j’estime qu’il sera difficile de faire une  évaluation juste et crédible de fin de mandat.  
Sur le terrain, le CSBE a posé beaucoup d’actions que je ne peux pas tout présenter ici.  Voici quelques unes : Dans le cadre de nos activités, nous avons élaboré et déposé un plan d’action auprès de l’ambassadeur et du consul. Nous avons même eu une séance de travail avec ces autorités pour valider le document en question. Un document de projet d’organisation des femmes de la diaspora burkinabé en Côte d’Ivoire a été rédigé et aussi déposé auprès du consul, mais, jusque là, nous sommes sans suite. C’est le statu quo. Une grande mobilisation a été faite au niveau des femmes, car nous avons organisé des activités de sensibilisation dans 6 communes d’Abidjan, un bureau provisoire du réseau des femmes  de la diaspora burkinabé en Côte d’Ivoire a été mis en place ; tous ces éléments ont été communiqués au consul mais il n’y a pas eu de retour de sa part.
Personnellement mon passage au CSBE m’a beaucoup apporté en ce sens que cela m’a permis de :
-          Rencontrer beaucoup de gens,  ce qui a contribué à accroitre mon portefeuille de relations
-          Connaitre la communauté, ses préoccupations et surtout de comprendre les différentes interactions
 
A partir de ce bilan, êtes-vous prête à servir la communauté si vous êtes sollicitée à nouveau ?


Bien sûr que oui, je suis une fille de la communauté et à ce titre je reste à la disposition de cette communauté.  Toutes les fois que je serai sollicitée pour apporter ma contribution, je le ferai sans hésiter.
 
On parle de incompatibilité d’humeur au CSBE, le confirmez-vous ?

A cette question, je réponds non ;  car il n’y a point de conflit interpersonnel dû à une incompatibilité d’humeur au CSBE.  L’impasse au sein du CSBE provient principalement d’une mauvaise description et répartition des rôles et tâches entre les délégués.  Vous savez, pour qu’une organisation fonctionne correctement, il faut d’abord bien définir les rôles et décrire correctement les tâches à effectuer,  par la suite on procède aux affectations des  personnes ressources en tenant compte de leurs compétences, des habiletés et des aptitudes de chaque individu.  En ce qui nous concerne,  les règles de l’art n’ont pas été respectées.  C’est pour cette raison que nous vivons un blocage aujourd’hui,  De plus, la gestion d’une structure comme le CSBE se fait de façon collégiale et non de manière bureaucratique.  Nous connaissons un  problème de gestion  et non un problème  de personnes,
 
Quelle est votre compréhension du 8 mars ?

Le 8 mars pour moi est une journée de réhabilitation de la femme mais aussi de reconnaissance.  Ainsi au cours de cette journée les femmes doivent privilégier les activités de réflexion sur des thèmes qui interpellent toutes les femmes sur leurs conditions et les amener à prendre conscience de leur  rôle entant qu’agent de développement dans la société.  Ce jour,  on devrait mettre en avant des  réalisations de femmes, rendre hommage aux femmes qui ont marqué leur époque.  
Pour rendre la journée de la femme plus efficace, il faudrait  décentraliser  les festivités du 8 mars, les ramener à la base,  au niveau des associations et des groupements de femmes.   Comme préalable, il s’agit seulement de renforcer les capacités de ces associations et groupements, les rendre plus autonomes.
 
Est-ce que vous estimez que la femme est suffisamment intégrée dans le processus de prise de décision, aujourd’hui?


Je  vous rappelle que  le thème retenu cette année à l’occasion du 8 mars est le suivant « Droits égaux, opportunités égales et progrès pour tous »  Je pense que si après 100 ans, on continue de parler de droits égaux, d’égalité de chances et de progrès pour tous, cela veut dire tout simplement que nous n’avons pas encore atteint le niveau souhaité d’égalité entre l’homme et la femme et qu’il reste beaucoup à faire. En effet,  la femme continue d’être victime d’injustice, de discrimination et de violence sous toutes ses formes. Cette situation s’aggrave de plus en plus.  Pour accéder  et se maintenir à un poste de décision,  la femme doit faire deux fois plus d’effort que l’homme, à cause des injustices, des discriminations, des préjugés.  Selon les statistiques, environ 10% des femmes seulement  participent au processus de prise de décision.  Ce ratio est très faible comparé au fait  que la femme constitue aujourd’hui un pilier des  économies nationales. Leur contribution au PIB est très élevée, leur présence dans le secteur informel, dans les entreprises, dans la culture vivrière est incontestable.  
Pour que la femme puisse véritablement se libérer et participer au processus de prise de décision, elle doit être suffisamment outillée ce qui nécessite une véritable prise de conscience, un changement de mentalité et la mise en place de  programme intégré de renforcement des capacités sur tous  les plans (formation, éducation, santé, culture, économique, social, emploi  etc…).au profit des femmes.
 
Quels conseils pouvez-vous donner à vos sœurs ?

Je conseille aux femmes quelque soit leur  rang dans la société de refuser le gain facile.  J’invite mes sœurs  de  s’armer de courage,  de lutter avec force et intégrité pour s’affirmer.
-          Mes filles  qui sont encore sur les bancs de l’école, accrochez-vous très bien et visez  loin dans vos études.
-          Mes filles qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école et celles qui ne sont pas allées loin dans les études, acceptez d’apprendre un métier, car il n’y a pas de sous-métier dans le monde. Visez votre autonomie
-          Nous, les mères, ne ménageons aucun effort dans l’éducation de nos enfants. Soyons des modèles pour eux. Enseignons-leur les  valeurs morales et les pratiques éthiques, car ils constituent notre avenir
-          Femmes leaders, conjuguez vos forces pour le développement réel de la femme à travers le monde.
 
Mes sœurs femmes de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire, il est temps que nous nous asseyions autour d’une table pour nous donner les mains pour un seul combat qui est le notre.  Car il sera presque impossible quelque soit ton talent de relever seul le défi dans la justice et dans l’honnêteté. Merci à Ouaga.info
Mise à jour le Mercredi, 10 Mars 2010 09:55
 
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